19.12.2004

Aragon me désole...

Aragon me désole.
Ces mots avec lesquels il parle d'Elsa, c'est l'essence même de l'amour.

Oh mon jardin d'eau fraîche et d'ombre
Ma danse d'être mon coeur sombre
Mon ciel des étoiles sans nombre
Ma barque au loin douce à ramer...

Que me reste-t-il donc pour te dire que je t'aime, Marie-Laure?


13.12.2004

A Marie-Laure que j'ai frôlée...

A Marie-Laure qui ignore encore le secret de ma découverte, d’un beau dimanche d’été.

Au creux du grand jardin,
elle s’était dévêtue à l’abri d’un troène,
offrant au pâle soleil les mystères de son corps
d’opaline laiteuse, de nacre délicate
et de tendre vermeil.
Allongée, elle s’était endormie, innocente et gracieuse,
et d’ainsi la surprendre au plus doux de ses rêves,
abandonnée, fragile comme un enfant qui dort,
m’avait cloué sur place, le cœur au bord des lèvres.
La quiétude de la scène,
l’attendrissante nudité de Marie-Laure,
et son visage d’albâtre,
et son ventre d’ivoire au fragile secret moussu comme une source,
et ses seins-tourterelles au bec rose et menu,
m’ont transpercé le cœur.
Longtemps je suis resté là, à la regarder,
sans bouger, sans vivre, sans respirer,
sans faire le moindre bruit,
et puis je suis parti, son image dans le cœur,
la laissant endormie, lovée dans sa prairie.
Mais depuis cet instant, dans chacun de mes rêves,
dans chacune de mes nuits,
les seins de Marie-Laure sont de douces colombes
qui d’un coup d’aile léger se posent sur mes lèvres.

A.L.



12.12.2004

J'aimais beaucoup lire

Etant jeune, je lisais beaucoup; il faut dire que la télévision n'existait pas, le petit écran, c'était la tête du lecteur. On se forgeait soi-même la plupart des décors, des visages et des traits des héros. Cela donnait une réalité très profonde, très intime au récit, et cela allait très loin! Un jour, Hergé s'est trouvé face à un tout jeune garçon qui lui reprocha – au sujet d'un dessin animé de Tintin – que le Capitaine Haddock n'y avait pas la même voix que dans les albums dessinés!

Mes auteurs préférés, c'était Jean-Paul Sartre, Hervé Bazin – dont « Vipère au poing » vient d'être repris par le cinéma – Albert Camus, Pierre Benoit...; mais aussi des auteurs moins connus et des écrivains américains : James Cain, John Steinbeck, Ernest Hemingway... Je lisais tout ce qui me tombait sous la main, et toujours avec le même plaisir. Mais, plus que les auteurs, ce sont mes romans préférés qui m'ont marqué; tous des romans d'amour : Le Grand Meaulnes, Manon Lescaut, L'écume des jours... Ce sont eux qui ont fait de moi ce que je suis devenu, mais de cela je vous parlerai plus tard, je n'y suis pas encore tout à fait prêt.

C'est à cette époque que j'ai découvert « Le Petit Prince » de Saint-Exupéry; un enchantement qui, depuis, ne m'a plus jamais quitté. Chaque année, profitant d'un congé ou d'un week-end, je le retrouve en compagnie de sa jolie rose et de son ami, le renard philosophe.

C'est de ce renard naïf, surtout, que je me sens proche, et du secret qu'il révèle au Petit Prince juste avant son départ : « Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Toute ma vie sentimentale a été basée sur ces quelques mots : on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. Le problème, c'est que, quarante-sept ans plus tard, je me rends compte que mon coeur était bigleux, louche, astigmate, amétrope, myope, et qu'il ne portait jamais ses lunettes! C'est vous dire dans quel état il est. Couvert de bleus.