07.05.2005
La cosmogonie du boulanger.
La cosmogonie – la science qui traite de la formation de l'univers – a opté pour le modèle du cramique. On ne sait pas comment le premier grain de ce cramique est apparu, minuscule, microscopique, mais tout y existait déjà en puissance : le lait, la farine, le sucre, les raisins de Corinthe et la levure.
En réalité, le big-bang, malgré son nom, n'a jamais été une explosion, mais bien la dilatation d'un point qui allait devenir l'univers. Avant, il n'y avait rien, ni temps ni espace, et l'instant d'après, l'espace et le temps étaient présents et se mettaient à gonfler, comme une boule de pâte sous l'action de la levure. En gonflant, l'univers s'est refroidi et s'est condensé, formant – à certains endroits – des zones un peu plus denses : d'immenses nuages d'atomes et de particules. Les raisins de notre cramique!
On dit souvent que les galaxies lointaines s'écartent de nous, dans toutes les directions, à des vitesses fantastiques et que cette fuite explique la couleur plus rouge de la lumière que nous en recevons. C'est une façon erronée de voir les choses, et c'est ici que notre cramique intervient. Imaginons ce qu'il se passe dans notre boule de pâte, et comment se comportent nos raisins.
Nous voyons bien que les raisins ne se déplacent pas dans la pâte. S'ils s'écartent effectivement tous les uns des autres – dans toutes les directions – c'est uniquement parce que la pâte gonfle entre les raisins sous l'action de la levure. Il en est de même pour les galaxies dans l'univers : elles ne se déplacent pas, c'est l'espace qui se dilate entre elles!
Et la lumière qui vire au rouge, alors? C'est cette même dilatation de la pâte entre les raisins qui explique le phénomène. Imaginons un petit bout de pâte voyageant d'un raisin vers un autre. Pendant qu'il voyage, le cramique gonfle sous l'effet de la levure, et l'espace entre les deux raisins augmente. Le petit bout de pâte qui voyage subira cette dilatation, lui aussi. Il arrivera donc, sur le second raisin, un peu plus long qu'il n'était en quittant le premier.
C'est ce qu'il arrive aussi à la lumière que nous envoient ces galaxies lointaines : la longueur d'onde de la lumière s'est allongée par la dilatation subie pendant le voyage, et une longueur d'onde plus longue, c'est une lumière plus rouge.
Et les vitesses apparentes énormes des galaxies très lointaines?
Imaginons que, chaque minute, la distance entre deux raisins quelconques, dans notre cramique, augmente d'un millimètre. Cela veut dire que pour un raisin donné, ses voisins directs s'éloignent de lui d'un millimètre par minute. Mais les voisins suivants s'éloignent aussi des voisins directs de 1mm/min; ils s'éloignent donc, eux, du raisin donné à la vitesse de 2mm/min. Et ainsi de suite. Un raisin très éloigné du raisin donné cumulera donc de multiples dilatations partielles et semblera s'éloigner d'autant plus vite qu'il sera plus éloigné de notre raisin donné.
C'est le même phénomène de dilatation de l'espace qui donne l'impression que les galaxies lointaines nous fuient à grande vitesse. En fait, elles ne se déplacent pas plus que les raisins dans le cramique. Mais comme la dilatation de l'espace est proportionnelle à la distance qui nous sépare, plus elles sont lointaines, plus elles semblent aller vite.
Bon, maintenant que tout cela est dit, je me verse une tasse de café et je me coupe une tranche du cramique. Je vais me régaler d'univers infinis! Bon petit-déjeuner.
10:47 Écrit par Andr | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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Commentaires
... m'en suis payé une bonne tranche avec ton cramique! hmmmmm moi qui aime, plus d'ailleurs parfois les raisins que l'infini, quoique...
Écrit par : mik | 07.05.2005
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